Tiers Monde et locavorisme

Une plantation de canne à sucre au Brésil.... (Photo: Bloomberg)

Travailleurs brésiliens dépossédés récoltant la canne à sucre vouée à l’exportation

Il existe plusieurs raisons de vouloir manger local : diminuer son kilométrage alimentaire (2500 km par aliment en moyenne au Québec), connaître son fermier ainsi que ses façons de faire, avoir une influence sur la personne qui nourrie sa famille,  avoir une meilleure traçabilité relative à ses aliments, participer à un phénomène collectif,  garder les campagnes québécoises vivantes dans un contexte où les fermiers conventionnels sont hyper endettés (le taux de suicide est 2 fois plus élevé au Québec dans ce groupe à risque que dans le reste de la population), etc.
Mais pour nous aux Jardins de la FRUITgalité, la capacité de chaque peuple à s’autosuffire constitue depuis longtemps l’élément fondamental qui motive notre engagement.
Manger local est donc, pour nous, à la fois un acte «patriotique» (nous aimons bien le concept de souveraineté des biorégions) et un acte de solidarité avec les peuples du Tiers-Monde dont nous n’acceptons pas la condition actuelle d’esclave ou de quasi- esclave devant travailler à nourrir (et fournir en biens de consommations) l’occident (souvent malgré leur propre faim).
La crise alimentaire de 2008 illustre bien la vulnérabilité des populations du Tiers-Monde face à un système agroalimentaire mondialisé, déréglementé et objet de spéculation financière ( lire l‘article-résumé qu’Anick a écrit en 2008 à ce sujet. Pages 10 et 11 ou encore le court article FMI-FAIM du mensuel Le Monde Diplomatique )


Dettes et néo-colonialisme

L’une des plus grandes injustices de notre époque se situe au niveau des relations nord-sud : les banques et les États du nord entretiennent la dette des pays du sud afin de garder un contrôle politique et économique sur ces derniers. La mondialisation néolibérale n’est que l’aboutissement de ce système de domination qui depuis des siècles enlève le pain aux pauvres du sud  pour le donner aux riches du nord.

En 2002, Joseph E Stiglitz, prix Nobel d’économie (2001), vient de quitter son poste de vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale  (1997 à 2000 ).  Frustré de ses expérieJ_stieglitznces dans cette institution et des politiques du Fond Monétaire International (FMI) qui viennent neutraliser ses efforts, il écrit le  »best seller » La Grande Désillusion (Globalization and its discontents), dans lequel il  affirme que  le FMI fait passer les intérêts de ses principaux actionnaires, les pays riches,  avant ceux des nations les moins favorisées qu’il a pourtant pour objectif officiel de servir.  Stiglitz soutient que les politiques d’ajustement structurel (PAS) préconisées par le FMI ont souvent aggravé les problèmes dont il avait à s’occuper, entraînant des conséquences sociales dévastatrices et un accroissement de la pauvreté.  C’est la commotion !  Des dizaines d’auteurs issus de tous les milieux dénonçaient depuis longtemps déjà les PAS que le FMI avait mis sur pieds dès le début des années 80. Mais jamais un «insider » aussi prestigieux n’avait osé parler…

 »Point n’est besoin de mitrailleuses, de napalm, de blindés pour asservir et soumettre les peuples. La dette, aujourd’hui, fait l’affaire. »

Jean Ziegler, L’Empire de la honte (2005) . Jean-Ziegler fût rapporteur spécial pour les Nations Unies de 2000 à 2008. Depuis 2009, il est membre du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

La limite que Stiglitz n’ose pas franchir,  c’est l’idée que l’endettement du Tiers-Monde fût prémédité et  volontairement entretenu.  En 2004, John Perkins, un autre «insider » publie un témoignage qui pourrait constituer le «chaînon manquant ».

John Perkins est un agent repenti de la NSA qui dans les années 70 D30_5827était payé pour corrompre des politiciens du sud de façon à leur faire oublier les idées de nationalisation des ressources. Il faisait des prêts atteignant des montants d’une telle importance qu’ils étaient difficilement remboursables. Une fois endettés, ces pays étaient pris à la gorge et devenaient les esclaves des créanciers :
«Notre travail consistait à construire l’empire américain. De créer des situations où le maximum de ressources était drainé vers ce pays, vers nos multinationales, notre gouvernement, et nous avons été très efficaces. Nous avons construit le plus grand empire de l’histoire du monde« 

Aujourd’hui la dette des pays du Tiers-Monde constitue un outil de domination de première importance dans le nouvel ordre mondial.

Voir l’incroyable et essentiel documentaire tiré du livre «Confessions d’un assassin financier » (2004) de John Perkins ou lire le court article qui résume le film (entrevue à Democracy Now).

perkins


Un vidéo du CADTM (Comité pour l’Annulation de la dette du Tiers-Monde) explique sobrement  et en 9 minutes la dette du Tiers-Monde :

cadtm


 

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